Chaque année, plusieurs millions de salariés français arrivent au terme d’un contrat à durée déterminée. En 2024, selon les données de la DARES, plus de 1,8 million de CDD ont été conclus chaque trimestre, constituant une part importante des embauches. À l’issue de ces contrats, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur leurs droits à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), versée par France Travail, l’opérateur public issu de la fusion de Pôle emploi et des missions locales depuis le 1er janvier 2024.
Les règles d’éligibilité, de calcul et de durée d’indemnisation obéissent à un cadre réglementaire précis, défini par l’Unedic et transposé dans le code du travail.
La fin d’un CDD n’ouvre pas automatiquement droit au chômage : encore faut-il remplir plusieurs conditions cumulatives, avoir cotisé suffisamment et respecter les démarches administratives imposées.
Les évolutions récentes, notamment celles introduites par la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023, ont modifié certains paramètres d’accès et de suivi, renforçant les obligations de contrôle et d’accompagnement.
Les conditions d’éligibilité à l’ARE après un CDD
Pour prétendre à l’allocation chômage après la fin d’un contrat à durée déterminée, le salarié doit d’abord justifier d’une perte involontaire d’emploi. Cette notion, centrale dans le régime d’assurance chômage, signifie que le contrat doit avoir pris fin à son terme normal, sans démission ni rupture à l’initiative du salarié.
La rupture anticipée d’un CDD à l’initiative du salarié, sauf cas de faute grave de l’employeur ou de motif légitime reconnu, prive en principe du droit à l’ARE.
Selon l’article L. 5422-1 du code du travail, disponible sur legifrance.gouv.fr, le demandeur doit également être inscrit comme demandeur d’emploi auprès de France Travail et accomplir des actes positifs et répétés de recherche d’emploi. Cette obligation, renforcée par la loi Plein Emploi, implique un suivi régulier et la participation aux entretiens et ateliers proposés par le conseiller référent.
La durée d’affiliation minimale
Le salarié doit avoir travaillé au moins 130 jours ou 910 heures au cours des 24 mois précédant la fin du contrat de travail (36 mois pour les personnes âgées de 53 ans et plus). Cette durée d’affiliation, définie par le règlement général annexé à la convention d’assurance chômage, s’apprécie en tenant compte de l’ensemble des périodes travaillées, y compris les CDD successifs, les missions d’intérim et les contrats à temps partiel.
Les périodes de maladie indemnisées, de congé maternité ou de formation peuvent être neutralisées dans le calcul, prolongeant ainsi la période de référence.
France Travail vérifie automatiquement ces conditions lors de l’inscription, en croisant les données transmises par les employeurs via la déclaration sociale nominative (DSN). En 2024, selon l’Unedic, environ 2,3 millions de personnes percevaient l’ARE, dont une part significative issue de fins de CDD.
Le montant de l’allocation : règles de calcul
Le montant journalier de l’ARE est calculé à partir du salaire journalier de référence (SJR), lui-même établi sur la base des rémunérations brutes perçues durant les 24 ou 36 derniers mois, selon l’âge. La formule retenue par l’Unedic, consultable sur unedic.org, prévoit que l’allocation est égale à 57 % du SJR, avec un plancher et un plafond.
Le montant minimal de l’ARE est fixé à 31,59 euros par jour en 2025, tandis que le montant maximal atteint 289,26 euros brut par jour. Ces montants sont revalorisés chaque année en fonction de l’évolution des prix à la consommation, conformément aux dispositions de l’accord d’assurance chômage. Le calcul tient compte également d’une partie fixe de 12,47 euros par jour, garantissant un socle minimal d’indemnisation.

Exemple de calcul
Pour un salarié ayant perçu 24 000 euros brut sur 12 mois de travail effectif, le SJR s’établit à 65,75 euros (24 000 / 365). L’allocation journalière sera de 57 % de ce montant, soit 37,48 euros, auquel s’ajoute la partie fixe de 12,47 euros, pour un total de 49,95 euros par jour. Ce montant est ensuite versé mensuellement, après déduction des contributions sociales (CSG et CRDS), soit environ 6,2 % du montant brut.
| Salaire brut mensuel moyen | SJR (euros) | ARE journalière brute (euros) | ARE mensuelle nette estimée (euros) |
|---|---|---|---|
| 1 500 € | 49,32 | 40,58 | 1 140 |
| 2 000 € | 65,75 | 49,95 | 1 400 |
| 3 000 € | 98,63 | 68,69 | 1 930 |
| 4 000 € | 131,51 | 87,43 | 2 450 |
La durée d’indemnisation
La durée pendant laquelle un demandeur d’emploi peut percevoir l’ARE dépend directement de sa durée d’affiliation. Le principe est simple : un jour travaillé ouvre droit à un jour indemnisé, dans la limite de 24 mois pour les moins de 53 ans, 30 mois pour les 53-54 ans et 36 mois pour les 55 ans et plus. Ce dispositif, inscrit dans le règlement d’assurance chômage, vise à proportionner l’indemnisation à l’effort contributif.
Ainsi, un salarié ayant travaillé 12 mois en CDD pourra prétendre à 12 mois d’indemnisation, sous réserve de remplir les autres conditions. Les périodes non travaillées entre deux CDD, si elles sont indemnisées, sont déduites du capital de droits restants.
Cette règle, parfois méconnue, peut réduire significativement la durée totale d’indemnisation pour les salariés enchaînant des contrats courts entrecoupés de périodes de chômage.
Les cas particuliers : rechargement et réadmission
Depuis la réforme de 2019, confirmée par les textes de 2024, un demandeur d’emploi qui retrouve un emploi puis le perd à nouveau peut bénéficier d’un rechargement de ses droits. Pour cela, il doit avoir travaillé au moins 910 heures depuis l’ouverture de ses droits précédents.
Le nouveau montant et la nouvelle durée sont alors recalculés, en tenant compte des nouvelles périodes travaillées. Si les nouveaux droits sont moins favorables, l’allocataire peut choisir de conserver ses anciens droits résiduels, mécanisme appelé « option ».
Cette souplesse, encadrée par France Travail, permet d’éviter les effets de seuil et d’encourager la reprise d’emploi, même de courte durée. En 2024, selon les statistiques publiées sur france-travail.fr, environ 30 % des réadmissions concernaient des personnes ayant épuisé leurs droits puis retravaillé.
Les démarches administratives obligatoires
L’inscription à France Travail doit intervenir dans les 12 mois suivant la fin du contrat de travail. Passé ce délai, les droits peuvent être perdus. L’inscription se fait en ligne, sur le site france-travail.fr, ou en agence. Le demandeur doit fournir plusieurs documents : attestation employeur (fournie automatiquement via la DSN), pièce d’identité, relevé d’identité bancaire et justificatifs de domicile.
Une fois inscrit, le demandeur doit actualiser sa situation chaque mois, en déclarant les éventuelles périodes travaillées, les revenus perçus et sa disponibilité pour occuper un emploi.
Le non-respect de cette obligation entraîne la suspension du versement de l’allocation. La loi pour le plein emploi a renforcé les sanctions en cas de manquement répété aux obligations de recherche d’emploi : radiation temporaire, réduction ou suppression de l’allocation.
Le contrôle de la recherche d’emploi
Depuis 2023, France Travail a intensifié le contrôle de la recherche effective d’emploi. Les demandeurs peuvent être convoqués à des entretiens de suivi, invités à participer à des ateliers ou à des formations. Le refus de deux offres raisonnables d’emploi, notion définie par décret, peut entraîner une radiation.
Une offre est considérée comme raisonnable si elle correspond aux qualifications du demandeur, si la rémunération est au moins égale à 95 % du salaire antérieur (pendant les trois premiers mois d’inscription) et si le lieu de travail est accessible en moins d’une heure de transport.
Ces règles, parfois critiquées par les syndicats et les associations de chômeurs, visent à accélérer le retour à l’emploi et à lutter contre les abus. En 2024, la Cour des comptes a publié un rapport soulignant la nécessité de mieux articuler contrôle et accompagnement, pour éviter de pénaliser les demandeurs les plus éloignés de l’emploi.
Les cas d’exclusion et de suspension
Certaines situations excluent ou suspendent le versement de l’ARE. La démission, sauf cas de démission légitime (déménagement pour suivre un conjoint, violences conjugales, non-paiement des salaires), ne donne pas droit à l’allocation. De même, le licenciement pour faute lourde prive du droit à l’indemnisation. En revanche, le licenciement pour faute simple ou grave ouvre droit à l’ARE, sous réserve des autres conditions.
Les périodes de travail à temps partiel ou d’activité réduite sont compatibles avec le versement de l’ARE, dans la limite d’un plafond de revenus cumulés. Le dispositif d’activité réduite permet de cumuler salaire et allocation, dans la limite de 70 % des revenus antérieurs. Ce mécanisme, destiné à encourager la reprise d’emploi progressive, concerne environ 40 % des allocataires, selon les données de l’Unedic.
Les évolutions récentes et perspectives
La loi pour le plein emploi, promulguée en décembre 2023, a introduit plusieurs changements majeurs. Elle a notamment créé France Travail, opérateur unique de l’accompagnement vers l’emploi, et renforcé les obligations des demandeurs. Le décret d’application du 29 décembre 2023, publié au Journal officiel, précise les nouvelles modalités de contrôle et de sanction.
Par ailleurs, la convention d’assurance chômage, renégociée en 2024, a maintenu les règles de calcul et de durée en vigueur, tout en introduisant des ajustements pour les seniors et les travailleurs précaires. Les partenaires sociaux ont également acté le principe d’une révision tous les trois ans, pour adapter le régime aux évolutions du marché du travail.
En 2025, les débats portent sur la modulation des contributions patronales en fonction du recours aux contrats courts, dispositif dit de « bonus-malus », étendu à de nouveaux secteurs.
Cette mesure, prévue par la loi de 2018 et renforcée en 2024, vise à inciter les employeurs à privilégier les CDI et à limiter la précarité. Selon la DARES, le taux de CDD dans les embauches reste stable autour de 85 %, signe de la persistance de la segmentation du marché du travail français.





